jeudi 14 mars 2019

La reine Vasti



Ernest Normand
Vasthi Deposed


Au temps d'Assuérus, Vasti est la reine.
Alors que le roi organise une royale fête, la reine Vasti festoie au palais. Et voila le roi qui la convoque pour faire admirer sa beauté. Celle-ci refuse de venir, le roi entre dans un colère jaune.

Une lecture hâtive du texte, fait de Vasti la femme du roi.

Or il n'en est rien. D'abord le texte ne le dit pas. Et ensuite tous les éléments disséminés dans le chapitre 1 du Livre d'Esther amène à conclure que Vasti n'est pas la femme mais la mère du roi Assuérus enfant.

Cette perspective nouvelle éclaire sous un nouveau jour le Livre d'Esther qui n'a plus de contenance historique pour devenir un conte psychologique qui illustre les ressorts de l'âme humaine.

L'expulsion de la reine est ainsi une allégorie de l'Oedipe et le récit celui de la construction de l'altérité

Ainsi quand le conseiller dit au roi - image de la loi qui pose l'interdit - : "tu en épouseras une plus jeune et plus belle plus tard", il s'adresse à l'enfant qui doit renoncer à sa mère.
Quand le roi est dans ses fêtes, Toute Puissance, Omnipotence, absence de limite, caractéristiques du narcissisme primaire des premiers âges de la vie.
Que la Toute-Puissance soit toujours associée à une jouissance sans limite découle à l’évidence du fait que si un quelconque obstacle venait à limiter la jouissance, alors il ne saurait y avoir de toute- puissance.
De la même façon, l’autre n’existe pas ici, pour la simple raison que l’autre définirait une limite, c’est pourquoi il est dit :
Je suis à la tête de nombreuses nations et ma puissance s’étend sur la terre entière.
Ce qui montre bien que s’il y a des nations que le roi ne domine pas, c’est que ces nations n’existent pas ! Nous sommes dans une bulle. Une bulle de plaisir.


Quoi, comment ? Voilà que le roi, tout à son plaisir se trouve soudain désirer que la reine vienne à lui et elle refuse, elle se refuse à sa volonté ! Mais c’est qu’il nous fait une grosse colère en plus !
Cette scène, c’est l’absence de la mère, la frustration, le fort-da de Freud. 
Ce qui se passe ici, chez le petit Roi Assuérus, c’est la première prise de conscience de l’altérité : si la reine n’est pas là, c’est qu’elle est ailleurs ! , si elle est ailleurs, c’est qu’il existe un monde extérieur dans lequel le roi n’est pas. Si elle se refuse à sa volonté, c’est qu’il n’est pas tout puissant ! C’est qu’une autre volonté peut s’opposer à la sienne !

Ainsi si le roi se met en colère, c’est à cause du manque. Mais ce manque, ce n’est pas le manque de l’autre, ce n’est pas la mère, parce qu’absente, qui lui manque. C’est bien parce qu’il ne peut pas montrer à ses invités combien la reine est belle, qu’il est souffrant. Le manque c’est la prise de conscience que la Toute-Puissance n’est pas Toute-Puissante. C’est la prise de conscience que le plaisir n’est pas sans limite, c’est la prise de conscience que le monde ne tourne pas entièrement autour du roi.
Le roi vient de rentrer dans la réalité.
Ainsi la castration, c’est-à-dire la perte du pénis, c’est d’abord la perte de la toute puissance et ensuite l'exclusion de la part féminine.

Lorsqu'il reste une part narcissique de la toute puissance, celle-ci est blessée par l'apparition de l'autre.
Nous découvrons là deux caractéristiques de l’Autre : il est absent et il blesse la toute-puissance lorsque cette absence devient manifeste.

Il faut dire alors que l'autre apparait en tant qu'absent et que tout sera fait pour que cette absence ne soit pas manifeste.

Noter que la Reine Vasti est punie, qu'elle est déclarée coupable, qu'elle est chassée du palais, les rabbins disent qu'elle est simplement exécutée.


jeudi 7 mars 2019

Deborah la nourrice ou l'Imago Maternelle. 2/2





Renoir
La nourrice



La nourrice de Rebecca, Deborah,  a probablement le plus petit rôle de la Genèse.

Un temps on nous apprend qu'elle est là :

 Et ils laissèrent partir Rebecca, leur soeur, et sa nourrice, avec le serviteur d'Abraham et ses gens. Gen 24:59

un temps on nous apprend qu'elle est morte :

Débora, nourrice de Rebecca, mourut; et elle fut enterrée au-dessous de Béthel, sous le chêne auquel on a donné le nom de chêne des pleurs. Gen 35:8 

Tout est signifiant dans la Genèse même les personnages les plus insignifiants. En l'absence de concept, ce sont eux qui véhiculent les significations. Ici la nourrice est la femme qui allaite, c'est donc l'image de la mère nourricière. Si la nourrice va avec Rebecca, c'est que Rebecca porte avec elle l'image de la mère.
Le texte le confirme lors de leur rencontre : Isaac se console de sa mère dans la tente de Sarah et les bras de Rebecca :
 Rebecca leva aussi les yeux, vit Isaac, et descendit de son chameau. Elle dit au serviteur : Qui est cet homme, qui vient dans les champs à notre rencontre ? Et le serviteur répondit : C'est mon seigneur. Alors elle prit son voile, et se couvrit. Le serviteur raconta à Isaac toutes les choses qu'il avait faites. Isaac conduisit Rebecca dans la tente de Sara, sa mère; il prit Rebecca, qui devint sa femme, et il l'aima. Ainsi fut consolé Isaac, après avoir perdu sa mère.
 
Il y a une sorte de simulacre de l’inceste, renforcé par l’idée qu’en voilant son visage, Rébecca masque sa personnalité, laissant chez Isaac la place au fantasme. Nous avons déjà trouvé le voile chez Tamar, lorsqu'elle se prostitue, le voila chez Rebecca, la mariée.
  La nourrice se nomme Deborah, ce qui signifie l’abeille, habitant de la ruche et dont la vie est entièrement subordonnée à la ruche. Parce que Deborah est nourrice, la ruche-corps-social, apparait selon son aspect maternant. Ainsi, c'est en bon petit soldat de la ruche que Rebecca se soumet à ce que les grandes personnes ont décidé pour elle.
   

La mort de Deborah 


Débora, nourrice de Rebecca, mourut; et elle fut enterrée au-dessous de Béthel, sous le chêne auquel on a donné le nom de chêne des pleurs.

Lors de l'annonce de la mort de Deborah, il n'est plus question d'Isaac et de Rebecca mais de Jacob leur fils.
Récit de la mort de la nourrice avec annonciation du lieu de sépulture, le chêne des pleurs à Bethel, lieu magique des pérégrinations de Jacob.

Au verset suivant nous apprendrons que Dieu donne un nouveau nom à Jacob, ll s’appellera Israël, signifiant par là une nouvelle naissance et une sanctification.

Dieu apparut encore à Jacob, après son retour de Paddan-Aram, et il le bénit. 10 Dieu lui dit : Ton nom est Jacob; tu ne seras plus appelé Jacob, mais ton nom sera Israël.

La mort de Deborah, concerne Jacob au premier chef, c'est son imago maternelle personnelle qui décède avec Déborah, c'est à dire qu'il s'en libère et que la nouvelle naissance annoncée au verset suivant est bien la conséquence de cette libération.
Meurt l'attachement à la mère, représenté ici par la nourrice, celle qui allaite. celle qui donne à manger. Rappelons nous la tête de Jean Baptise sur le plat.
Meurt aussi l'abeille, l'habitante de la ruche. Ce qui veut dire que Jacob accède à l'individualité. 

Isaac avait accédé à l'autonomie à travers le sacrifice, mais Jacob va plus loin puisqu'il devient un individu libre, libéré du corps social, la ruche, qui l'a vu naitre. 
Isaac est le jeune homme, Jacob est le père, l'homme accompli. Il est libre. Liberté que l'on trouve au verset précédent quand chaque membre de la famille enterre les effigies des divinités païennes qu'ils vénèrent. ça veut clairement dire que Jacob quitte le domaine des illusions,des fausses croyances et peut être des fantômes.

Il se libère des fausses croyances en même temps qu'il se détache de la mère.

A ce moment de l'histoire il ne lui reste qu'un enfant à naitre. Ce sera Benjamin qui verra la mort de Rachel, la mère des juifs.


Le lieu où est enterré Deborah est magique :

En dessous de Bethel :

Dieu dit à Jacob : Lève-toi, monte à Béthel (Beyth-'El), et demeures-y; là, tu dresseras un autel au Dieu qui t'apparut, lorsque tu fuyais Esaü, ton frère.

En dessous signifie qu'elle prend la place de la femme quand Ruth se couche au pied de Boaz.

Clairement elle forme un couple avec le lieu. éclairé par la puissance divine et elle allongée là. qui attend

samedi 2 mars 2019

Deborah, l'abeille



Dans la bible, deux femmes se nomment Déborah qui veut dire abeille : La nourrice de Rebecca femme d’Isaac, et Déborah, juge et prophète, présentée comme une mère en Israël et qui se lève pour appeler les hommes aux secours d’Israël. (Juges)

Plus que la royauté, c’est l’aspect maternel et social qui est retenu, l’image de la ruche en tant que corps social maternant. Dans le premier cas, elle est ce qui explique la soumission de Rebecca au mariage arrangé qu’elle accepte. Dans le second cas, il s’agit de l’appel au secours d’une mère pour son peuple. 

Dans le cas de Déborah la prophète, il y a aussi la capacité de parole attribuée à l’abeille, et qui lui permet de lancer l’appel. Peut-être faut-il également ajouter la présence du dard, qui permettrait de comprendre sa capacité à s’engager dans la guerre au côté de Barak. 

C’est avec le pieu de la tente que Yaël tue Sisera.

Deborah                                                                                     Deborah

vendredi 1 mars 2019

Les filles de Loth ou la recherche du mâle.

Les filles de Lot ou la recherche du mâle.


L'épisode des filles de Lot et son aspect libidinal et incestueux, a frappé l'imagination au point qu'il en résulte une riche iconographie et fait que la scène assez connue.

  Faisant suite à la destruction de Sodome et Gomorrhe, toute lecture de ce passage devrait se faire en le rattachant à cette destruction, et même probablement à l'ensemble de la séquence  commençant avec le sacrifice des animaux et finissant avec le sacrifice d'Isaac. Ici nous n'examinerons le texte que sous l'aspect de la filiation, prolongeant la discussion sur Ruth et le lévirat.

Mille ans les séparent, Ruth est Moabite, et descend par une lignée de mâles ininterrompue à Lot et à sa fille ainée. Rappelons que la généalogie de Jésus passe par Ruth et remonte ainsi à Lot.
Le mot Moab signifie quelque chose comme « issu d'un père ». 
Nous avons vu Ruth en quête d'un père, nous trouvons les filles de Lot occupées au même rôle.

Lot et ses filles se sont réfugiés dans une grotte et le monde alentour a été rayé de la carte par la fureur divine.

L’ainée dit à l’autre : Notre père est vieux; et il n'y a point d'homme dans la contrée, pour venir vers nous, selon l'usage de tous les pays. Viens, faisons boire du vin à notre père, et couchons avec lui, afin que nous conservions la semence de notre père.
 
Pour remettre le contexte, souvenons-nous que Lot est fils d’Haran, fils de Terach. Haran est mort, Lot est le seul mâle de la fratrie puisqu’il aurait eu trois sœurs, Sarah (?), Milka, et Ichka. Il est veuf, avec deux filles  et se retrouve sans descendance mâle pour lui-même, mais pour son père aussi, puisque ses sœurs se sont mariés à d’autres et fait des enfants à d’autres.

La scène se répète deux soirs de suite, elles le saoulent tour à tour, et se font engrosser par lui sans qu’il en garde le moindre souvenir.
Ce qui frappe, c’est la bêtise des filles. Donner une descendance au père ? Et il n'y aurait pas d'homme pour cela ? Allons, c'est des femmes qu'il faut à Lot ! Ses filles ne comprennent pas la société dans laquelle elles vivent. Ce n’est pas en se mariant à un homme qu’elles donneront une descendance à leur père puisque cette descendance ira pour cet homme.  
En réalité, leur projet se réalise, non pas parce qu’elles ont trouvé un homme qui donne une descendance à leur père, mais parce qu’elles jouent le rôle de la femme que Lot n’a pas, et qu’il engrosse par les voies naturelles.
 
 Les deux filles de Lot n’ont-elles pas le même problème que Naomi et Ruth ? L’absence d’homme, c’est-à-dire l’absence de semence masculine capable de donner un fils. C’est là qu’on voit que les filles de Lot ne sont pas si bêtes, parce que si le prétexte qu’elles donnent à leur acte est stupide, le résultat qu’elles obtiennent montre leur débrouillardise : elles obtiennent le fils tant convoité.

 Mais elles avaient un avantage sur Ruth et Naomi, c’est qu’elles avaient à disposition la semence du père. Il suffisait d'échanger vin de vigne et la liqueur séminale.

Le Deutéronome confirmera que les descendants de Lot ont droit à leur bout de terre, comme les descendants d'Abraham, le péché des filles n'entachant pas la droiture du père.
L'Eternel me dit : N'attaque pas Moab, et ne t'engage pas dans un combat avec lui; car je ne te donnerai rien à posséder dans son pays : c'est aux enfants de Lot que j'ai donné Ar en propriété.

C'est d'ailleurs ce qui permet à ce qu'Elimlek, le mari de Naomi, puisse se rendre en pays de Moab et ainsi permettre de ramener Ruth à Bethléem.

Peut-être un signe de pardon pour les filles de Lot.





Samson et les portes de Gaza. Visite à Hébron.

     Samson et les portes de Gaza. Visite à Hébron. Avant que Samson n'écroule les colonnes du temple, préfaçant les attent...