jeudi 10 janvier 2019

Les animaux


Les animaux

Et l'Eternel lui dit : Prends une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et une jeune colombe.
Au passage soulignons l’erreur de quelques traductions qui, sans doute pour en améliorer la qualité littéraire, parle  « d’une génisse, d’une chèvre et d’un bélier ayant chacun  trois ans» mais réduisent la force de l’expression symbolique en gommant la triple répétition du chiffre trois.


A ce stade reprenons le dictionnaire des symboles pour éclairer les images qu’on nous présente.
Les trois premiers animaux d’abord, dont nous pouvons dire qu’ils ont pour points communs d’être des mammifères, des animaux domestiques et des animaux à cornes. Ce seront les seuls qui seront découpés.
La génisse d’abord. La génisse est une jeune vache qui n’a pas encore vêlé mais dispose de tous les attributs pour le faire, elle est en attente d’être fécondée. «D’une façon générale, la vache, productrice de lait est le symbole de la terre nourricière….Elle est la fertilité, la richesse, le renouveau, la Mère. »[1]

Sans en épuiser le sens, ces quelques mots suffisent à souligner l’aspect maternel, maternant et terrestre de la vache. Le fait qu’il s’agisse ici d’une génisse renforce l’idée que ces qualités ne sont que potentielles  et demandent à être actualisées par la fécondation.
Le bélier ensuite :
Ardent, Mâle, instinctif et puissant, le bélier symbolise la force génésique qui éveille l’homme et le monde et assure la reconduction du cycle vital au printemps de la vie comme celui des saisons.
Devant de telles images des puissances féminines et viriles, il y a tout lieu de penser que la chèvre qui se trouve entre les deux est leur enfant, la génisse et le bélier. Or voilà que le dictionnaire des symboles affirme que la chèvre est associée à la manifestation de Dieu de façon très ancienne. La chèvre serait à lors l’enfant divin des puissances telluriques et célestes qui lui donne naissance.
Nous sommes donc en présence d’une triade de type « Père, mère, fils ». La plus connue des triades du monde chrétien étant la trinité et sous une forme plus imagée, la sainte famille. Egalement le caducée des médecins qui représente deux forces antagonistes qui s’enroulent autour d’un axe vertical. Représentation de deux forces qui s’opposent et qui alternent, mues par un mouvement ascendant. Symbole qui justifie le mot de Jünger : toute guérison est miraculeuse. C’est la différence des sexes et de la reproduction sous fond de luttes éternelles, l’opposition des contraires. Pas d’égalité entre les sexes, simple opposition des contraires.
Le fait que les animaux aient trois ans permet au texte de souligner le chiffre trois, répété trois fois, mais la signification de ce trois-là est quelque peu différente du précédent, il ne s’agit pas d’une triade mais de la marque d’un cycle qui, avec le trois, marque le temps de l’accomplissement.  Nous trouvons le chiffre trois en filigrane du texte, par exemple dans l’âge d’Abraham qui a 99 ans au moment des faits, ou encore les trois anges qui visitent Abraham et Sarah.
Puisqu’on parle de numérologie, parlons du quatre, les 400 ans, les 400 sicles. 100 étant le chiffre de l’accomplissement parfait. Il y a encore le quadrilatère de Mamre ou celui d’Hébron.  Ce qui relie ces chiffres est l’axiome de Marie : Un devient Deux, Deux devient Trois et du troisième vient l'Un comme quatrième. Dans ce contexte le trois est celui qui rompt le cycle de la dualité pour atteindre à l’accomplissement. Donc il s’agit d’une dynamique. De l’un sort le deux, le couple. Mais comme le couple relève du conflit, apparait le trois. C’est la triangulation œdipienne qui permet de la résolution du conflit par la mise en place de règles.

Abram prit tous ces animaux, les coupa par le milieu, et mit chaque morceau l'un vis-à-vis de l'autre; mais il ne partagea point les oiseaux.
Nous savons qu’Abram a demandé un signe à Dieu et nous voilà regardant Abram partager les animaux. Ce partage est ce signe. Ce n’est pas un sacrifice, juste un signe. Or un signe est fait pour être regardé afin qu’apparaisse la signification. Comme les animaux terrestres relèvent du corps, il faut commencer par regarder notre corps que nous constatons partagé. Tout, en dehors du tube digestif et de la colonne vertébrale, y est réparti en deux parts symétriques de chaque côté d’un plan vertical : ainsi notre cerveau est fait de deux hémisphères, notre nez de deux narines, ainsi nos deux bras, nos deux jambes, nos deux yeux.
Petite anecdote hautement symbolique, Il y a sur  le corps de l’homme mâle, une trace de couture que les savants appellent le raphé périnéal (ou raphé médian). Celle-ci est située entre les deux testicules et chemine le long de la face postérieure du pénis jusqu’au frein et longitudinalement sur le scrotum jusqu’à l’anus. Cette couture provient de la réunion pendant l’embryogénèse de deux tissus à l’origine séparés. Ces deux tissus forment les bourses chez l’homme, les petites lèvres chez la femme. En effet, lors du développement fœtal, l’appareil génital est d’abord identique chez la fille et le garçon,  et ce n’est qu’au bout de la neuvième semaine qu’il se différencie,
Dans le discours d’Aristophane, un des interlocuteurs du Banquet de Platon, l’androgyne apparaît comme un être fait de quatre pieds, quatre mains, quatre oreilles, et deux sexes différents.
Or ce que nous apprend l’embryogénèse, c’est que le sexe apparait comme possédant les deux sexes, les testicules et les ovaires, avant de se différencier la neuvième semaine. Les ébauches de testicules disparaissant chez le fœtus femelle, tandis que les ébauches d’ovaires disparaissent chez le fœtus mâle. Nous trouvons dans la formation du corps une construction en deux temps de la sexualité humaine, Dans le premier temps où le sexe est indifférencié,  il contient déjà les marques de la différenciation puisqu’il se prépare aux deux éventualités, celle d’être mâle ou celle d’être femelle. Ce qui confirme bien que la division est antérieure à la séparation des sexes.

Mais avant même la question de la formation de l’appareil génital humain nous savons que l’embryon se forme par division cellulaire de l’œuf fécondé, processus fondamental du vivant  puisque nécessaire à la génération de tout organisme.

Ce que rappelle également le Coran « Certes, c'est Dieu qui fait fendre la graine et le noyau » (Coran, 6 : 95)

Le signe de croix des chrétiens, avec le geste de la main qui, du front au nombril, glisse sur le sternum puis marque le côté gauche et le côté droit, est également une représentation du partage des animaux. Il indique la ligne de coupure, puis désigne les deux côtés, le droit et le gauche. Lors de la consécration le prêtre partage le pain, image du corps du Christ. Ce même Christ qui a dit : Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison.[2]

Nous en trouvons également la trace dans la scarification de certains adolescents qui expriment leur mal-être en se tranchant la chair, ou encore chez quelques tribus aborigènes qui allant au-delà de  la simple circoncision se fendent le pénis dans le sens longitudinal, pratique connue sous le nom subincision[3].
C’est grâce à la reconnaissance de cette coupure verticale qu’Abram pourra dire à Loth, Sépare-toi donc de moi; si tu prends la gauche, j'irai à droite; et si tu prends la droite, j'irai à gauche, ou que Dieu demande : Lève donc les yeux, et regarde du lieu où tu es, vers le Nord, vers le Midi, vers l'Orient et vers l'Occident[4].
Nous sommes orientés, c’est la latéralisation, le long d’un axe vertical, définissant la droite et la gauche, le devant et le derrière, et c’est cette orientation qui nous place dans le monde. S’orienter[5] consiste à repérer où le soleil se lève, puis grâce à la connaissance que l’on a de sa droite et de sa gauche, de déterminer où sont le nord et le sud.  La droite côté du Sud, du soleil, du chaud, du sec, direction bénéfique. La gauche côté du nord, du froid et de la pluie, direction funeste. L’est est devant, l’ouest est derrière. [6]

Après que Dieu l’ait invité à parcourir le monde d’est en ouest et du nord au sud, Abram plante ses tentes à Mamre. Or à Mamre existe les bases d’un vaste édifice rectangulaire, probablement un temple, de facture très ancienne, bien plus lointaine que ce qu’affirme l’archéologie officielle d’Israël qui veut qu’il fut bâti par Hérode[7]. 
Or ce temple est bien implanté selon les repères cardinaux.
Ici, mieux qu’ailleurs il faut citer Protagoras « l’homme est la mesure de toute chose » puisque l’homme porte en son corps ce qui l’oriente dans le monde et lui permet de construire la cité.
Soulignons le geste demandé par Dieu : Lève donc les yeux, c’est regarder vers le ciel, et regarde du lieu, c’est regarder vers la terre, où tu es, c’est regarder vers soi, vers le nord …, c’est regarder le monde. Et oui, nous voilà planté dans le monde avec cette injonction divine : regarde le monde depuis le lieu où tu es.
Si dans la Genèse, il y a deux récits de la création, c’est que le premier est un récit en mode objectif, c’est la création du point de vue universel[8], alors que le second est en mode subjectif, c’est la création du point de vue humain. En effet dans le premier texte, le monde est créé indépendamment de l’homme, et celui-ci n’y apparait que lorsque tout est en place pour l’accueillir. Dans ce monde-là la terre est ronde et tourne autour du soleil, alors que dans le second, Il est nécessaire que l’homme existe d’abord en tant que sujet, pour qu’il puisse ensuite connaître le monde. L’homme est créé d’abord, le monde est créé ensuite. Dans ce monde la terre y serait plate et le soleil lui tournerait autour. S’ils semblent incompatibles pour certains, il est pourtant nécessaire que ces deux récits existent puisque la réalité du sujet ne peut être rendue par la description objective du réel.
Seule ne subsiste dans la vulgate scientifique que le discours qui corresponds au chapitre 1 de la genèse (avec quelques adaptations du genre big-bang et milliards d’années) de sorte que le chapitre 2, qui voit Adam créé dans un univers vide que Dieu remplit pour lui, est devenu impensable, alors que, rappelez-vous, lorsque vous avez ouvert les yeux, il n’y avait d’abord rien puis vous avez commencez à regarder puis à voir. Et le monde se créait devant vous au fur et à mesure où vous l’exploriez.             
L’héliocentrisme, devenu le seul modèle de représentation de l’espace, a détruit cette injonction divine : regarde d’où tu es. Le propre du récit religieux est de s’adresser à l’homme/sujet, à s’adresser à sa conscience d’être pensant. Or le sujet disparait face à l’héliocentrisme, il n’est pas réellement nié, il n’est plus. Evidement d’aucuns se réjouissent de cette avancée de la science qui permet à l’homme de s’extraire de soi pour s’ouvrir sur les autres, mais ce sera au détriment de cette vérité pourtant incontournable que l’homme est d’abord un sujet qui pense, et en tant que sujet, qu’il est au centre du monde.
Le chanteur Raphaël affirme dans une chanson : je sais que la terre est plate et prétend que s’il s’autorise cette formule, c’est en raison d’une licence poétique. Pourtant l’homme identifie la platitude de la terre à son rapport à la verticalité. Déplaçant, en tout point où il va, le repère lui permettant d’en juger, l’homme ne peut que constater que la terre est plate. Par l’expérience du quotidien, la seule réalité à laquelle l’homme accède est celle de la terre plate. Ainsi, il s’agit d’une donnée immédiate de la conscience. Et Raphael ne se trompe pas en affirmant qu’il y a un « je » qui « sais » : du point de vue du sujet, le terre ronde est pure abstraction, même lorsqu’elle renvoie à une réalité objective. « Terre plate » est perception subjective, mais vaut-elle moins que « terre ronde » parce qu’elle serait moins vrai ? Imaginons déguster un verre de vin. Y a-t-il une vérité objective lorsqu’on affirme que ce vin est bon ? C’est du même ordre que percevoir que la terre est plate, sauf qu’il n’est plus question ici de « vérité » mais « d’être au monde ». Par contre, ce n’est qu’en observant les astres au lointain que l’homme conçoit que la terre est ronde. Mais cette terre ronde ne peut-être, quand bien même elle serait plus vrai que la terre plate, qu’une vue de l’esprit pour laquelle il nous faut nous projeter hors de la terre dans un effort d’abstraction, pour pouvoir la penser telle.
Grande victoire sur les consciences que les voyages dans la lune diffusées dans la lanterne magique au siècle dernier. Victoire puisque lorsqu’il n’y a plus de sujet, il n’y a plus personne. Plus personne pour résister.
Mais les choses vont plus loin que ça, puisqu’une fois intériorisé cet effort d’abstraction, on en vient à penser le monde selon ce point de vue universaliste qui transforme les humains en objet. Nous devenons alors les démiurges de nous-mêmes, faisant semblant de croire que nous avons prises sur les hommes comme sur une série de pions répartis sur le globe et nous en arrivons à imaginer des solutions mondialistes dans lesquelles le problème humain pourrait être réglé une bonne fois pour toute au moyen de solutions globales, ouvrant la place à l’ordre totalitaire.  Ce qui est évidement une impasse puisque le problème humain ne peut se régler que par l’homme dans sa relation face à Dieu. L’héliocentrisme est ainsi un élément de la lutte contre l’enracinement de l’homme le rendant inapte à décider de lui-même pour lui-même, ce qui qui est bien ou mal, pour lui-même. La révolution copernicienne a dénaturé l’homme dans son rapport au monde. Monde qu’on lui a appris à voir depuis les satellites, alors qu’il habite d’abord dans une rue puis dans un quartier. Evidement on nous apprend que c’est mal, le clan, les quartiers, les tribus tout ça, la famille, la nation et pire encore. Mais si Dieu crée  le monde par division comment allez-vous faire pour vous opposer au processus créatif qui, chaque fois que vous chercherez à unifier, créera, lui, des divisions ?

Quand le soleil fut couché, il y eut une obscurité profonde; et voici, ce fut une fournaise fumante, et des flammes passèrent entre les animaux partagés.
Ce verset conclut la séquence. C’est ce que les biblistes appellent l’encadrement. C’est-à-dire des scènes liées par des correspondances et qui ouvrent et ferment une séquence. Ici, nous avons une petite séquence, Abraham partage les animaux, les flammes passent entre les animaux. C’est le sacrifice de l’alliance dans la tradition juive. Sauf que, nous l’avons vu, il n’y a pas de trace d’un sacrifice, juste d’un signe et le signe est là, les flammes passent entre les animaux. Y a-t-il trace d’une alliance et de quelle nature est-elle ?



[1] DDS
[2] Matthieu 10.34
[3] Comme cette incision suit la ligne de raphé, zone de soudure lorsque la vulve du fœtus se referme pour former le pénis, cette réouverture peut être perçue comme une façon de représenter le sexe féminin sur le sexe masculin. Wikipédia. Ou pas.
[4] Genèse 13 :19          
[5] Du latin oriens, participe présent de orior (« naitre, surgir, se leverparaître »).
[6] Il semble que l’homme soit un animal de l’hémisphère nord.
[7] Enceinte de 48x64 m, hauteur 2m,  taille des pierres env. 10 tonnes. 
[8] Ce récit comporte cependant des erreurs, en particulier dans l’ordre de création des objets cosmiques.

mercredi 9 janvier 2019

Le partage des animaux


Le partage des animaux


Avant de revenir à Hagar nous allons nous arrêter sur la scène qui s’intercale entre les deux promesses divines : gageons que nous allons y trouver la clef de notre énigme puisqu’Abraham demande à Dieu : » Comment saurai-je que tu dis vrai ?». Alors Dieu propose à Abraham de réaliser un petit rituel pour qu’il puisse lui envoyer un signe.
Quatre temps :

Et l'Eternel lui dit : Prends une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et une jeune colombe. Abram prit tous ces animaux, les coupa par le milieu, et mit chaque morceau l'un vis-à-vis de l'autre; mais il ne partagea point les oiseaux.
Les oiseaux de proie s'abattirent sur les cadavres; et Abram les chassa.
Au coucher du soleil, un profond sommeil tomba sur Abram; et voici, une frayeur et une grande obscurité vinrent l'assaillir. Et l'Eternel dit à Abram : Sache que tes descendants seront étrangers dans un pays qui ne sera point à eux; ils y seront asservis, et on les opprimera pendant quatre cents ans. Mais je jugerai la nation à laquelle ils seront asservis, et ils sortiront ensuite avec de grandes richesses. Toi, tu iras en paix vers tes pères, tu seras enterré après une heureuse vieillesse. A la quatrième génération, ils reviendront ici; car l'iniquité des Amoréens n'est pas encore à son comble. 
                                                                          
Quand le soleil fut couché, il y eut une obscurité profonde; et voici, ce fut une fournaise fumante, et des flammes passèrent entre les animaux partagés.

Il y au milieu de ce passage la fameuse histoire dans laquelle Dieu promet la terre de Canaan à Abraham, du Nil à l’Euphrate, d’ici à là-bas. Nous sommes ici encore dans la genèse, et les thèses racistes et les velléités destructrices du Deutéronome, ne sont pas encore d’actualité. Nous discuterons de la question de la terre promise plus tard. Ce n’est pas notre propos pour le moment. En réalité, 4000 ans après qui sera capable de dire ce que Dieu a dit à Abraham. C’est perdu à tout jamais. Ici l’on voit s’esquisser l’idée que les hébreux reviendront dans le coin accomplir une petite vengeance divine. Laissons cela pour l'instant.
Ne reste que ces quatre temps.

Donc évidement il existe déjà des explications à ce partage des animaux. Certains disent que c’est pour marquer l’alliance. Dans les époques anciennes, chacun prenait la part d’un sceau qu’on partageait en deux.
Chez les grecs, le mot « symbole » était au sens propre et originel un tesson de poterie cassé en deux morceaux et partagé entre deux contractants. Le symbolon était constitué des deux morceaux d'un objet brisé, de sorte que leur réunion, par un assemblage parfait, constituait une preuve de leur origine commune et donc un signe de reconnaissance très sûr. Le Christ pour sceller la « nouvelle alliance » rompt le pain et bois le sang.
Ainsi le texte, pour signifier ce qui est habituellement traduit par le mot « Alliance » utilise une tournure signifiant l’acte de couper. Ainsi la bible de chouraqi propose-telle « trancher un pacte »
Cependant l’idée pose un problème sémantique, le mot alliance suppose l’union quand le mot trancher suppose la séparation. C’est d’ailleurs ainsi que c’était réglé le problème avec Lot, par la séparation, la mise en place de limites pour chacun. La création de la première frontière. Parce qu’avant de passer une alliance avec Dieu, Abraham en avait passé une avec Lot, comme il en repassera une autre avec Abimélek suivant le même schéma : conflit, palabres puis accord.  Ainsi le mot alliance est inadapté à rendre compte de ce qui se passe ici. Pire il fait littéralement contresens : la séparation n’est pas l’union. Encore si l’on avait parlé d’accord, parce que le mot accord, présuppose l’idée qu’il y désaccord donc conflit. L’accord est le moyen de trancher le conflit, c’est pourquoi l’épée est un des symboles de la justice,  Ici pour Abraham et Lot en édictant des règles, des règles qui sont justement des règles de partage. L’insuffisance des ressources conduisant à la nécessité de contrôler la façon dont on les consomme, donc comme on les partage. La question qui devra se poser sera donc de savoir où est alors le conflit avec Dieu ? Et si l’alliance avec Lot est une séparation de Lot et d’Abram, l’alliance avec Dieu, n’est-elle pas une séparation d’avec Dieu ?

D’autres disent que c’était coutume habituelle de faire lors d’un contrat, un sacrifice sanglant dans lequel on partageait les animaux et les signataires marchaient au milieu des dépouilles dans le sang des bêtes. C’était alors comme une signature dans le sang. Nous sommes des époux de sang dira sa femme à Moïse, lors qu’elle impose la circoncision de leur fils. Le mariage en climat islamique, est marqué par un rituel sanglant, dans lequel on verse le sang d’un animal qui, in fine, servira à alimenter la noce. La taille de l’animal qu’on y immole marque la richesse de la fête.

Pourtant le texte ne parle pas de sang, pas plus qu’il ne parle de sacrifice. Il est dit d’Abraham qu’il partage certains animaux et qu’il n’en partage pas d’autres, mais il n’est pas question de sang. Aussi si l’alliance doit être signée dans le sang, il semble qu’il manque le principal ingrédient. La notion de sacrifice n’est pas même présente, Abram demande un signe et l’acte d’Abram consiste à permettre la réponse divine.

Une explication rabbinique va nous rapprocher de la vérité : si Abraham ne partage  pas les oiseaux, c’est simplement qu’ils n’ont pas de prépuce et qu’ils ne peuvent pas être coupés, ainsi le partage des animaux symbolise la circoncision. Explication tout à fait convaincante, puisque la séquence suivante verra Dieu demander la circoncision de tous les mâles en condition de la même promesse.  Or cette succession temporelle dans les séquences bibliques doit nous interpeller : il ne faut pas voir dans le partage des animaux une scène symbolisant la circoncision, mais bien voir la circoncision comme symbolisant le partage des animaux.
Nous avons parlé de la circoncision comme le mime de la castration, en disant que la castration était le renoncement au pouvoir. Nous pouvons ici élargir notre définition et dire que ses trois séquences que sont le partage des animaux, la circoncision et le sacrifice d’Isaac reflètent une seule et même chose que nous nommerons castration. Le mot castration pose en lui-même un problème en cela qu’il représente une violence difficilement acceptable, de sorte que dire de l’être humain qu’il est castré sera probablement intolérable pour beaucoup. Le mot différenciation aurait sans doute été mieux perçu mais il ne rend pas compte de la souffrance que la castration induit chez l’enfant.

lundi 7 janvier 2019

L'énigme de Samson


L’énigme de Samson 

 Nous allons nous intéresser à une petite énigme connue sous le nom d’énigme de Samson : A l’occasion de son mariage, Samson pose aux invités de la noce une énigme dans le but de leur tendre un piège. L’énigme dit ceci : " De ce qui mange est sorti ce qui est mangé, du fort est sorti le doux[1] ". Nous connaissons la réponse qu’en a donnée Samson : quelques temps auparavant, il a tué un jeune lion, revenant sur les lieux peu après, il découvre qu’un essaim d’abeilles y a fait du miel, et qu’ainsi du fort lion est sorti le doux miel. Pourtant, les invités de la noce ne pouvaient en aucune façon trouver la réponse, jamais personne en effet n’a vu sortir du miel d’un lion, pas plus d’une carcasse de lion. L’énigme ne pouvait être résolue que par celui qui connaissait la scène. Qui croira alors que la réponse donnée par Samson soit la vraie réponse à l’énigme ? Nous sommes dans un conte, la question formulée par l’auteur ne peut nullement être adressée aux personnages du conte qui sont bien incapables de répondre autrement que par les mots qui sont mis dans  leur bouche. L’énigme ne s’adresse pas aux convives mais bien au lecteur et seul un lecteur pressé croira que la Bible, censée rendre compte de la relation des hommes avec le Dieu-Tout-Puissant, puisse proposer une énigme qui se réduit à cette explication absurde. Le lion symbolise la force, le miel symbolise la douceur, certes, mais l’un et l’autre ne sont que les images à partir desquelles Samson formule la question, ils n’en sont pas pour autant la réponse puisque cette réponse serait alors insensée. Samson passe ici pour un âne puisqu’il pose une question dont il ne connait pas la réponse. De nombreux auteurs ont cherché à comprendre le sens de tout cela, mais la plupart ne commente que l’allégorie,  la transformation du lion en miel, et non l’énigme elle-même, comme si tous s'étaient laissés piégé par le texte et prenaient pour argent comptant la réponse de Sanson, chacun y allant de son interprétation comme confirmation de l’idéologie qu’il défend. Ainsi Saint Augustin propose que " de la bouche du lion mort, c’est-à-dire de la mort de Jésus-Christ, qui se couchant sur la croix, s’est endormi comme un lion, est sorti un essaim d’abeilles, c’est-à-dire une multitude innombrables de chrétiens[2]". Une façon de voir l’énigme comme une métaphore qu’on peut appliquer à tout ce qui se transforme du fort vers le doux : les Philistins qui seront vaincu, Samson qui de fort deviendra doux lorsqu’il aura perdu ses cheveux, le travail des écritures qui nous transforme et nous conduit vers la douceur etc… Sauf que l'énigme ne parle ni de lion ni de miel et que ces réponses escamotent la première partie : du mangeur est sorti le mangé.
Lorsqu’on lit le texte, la première chose que l’on comprend, c’est qu'en tuant le lion, Samson s'est approprié sa force. Le lion comme le miel sont associés à Dieu, le premier en tant que roi, le second en tant que nourriture des dieux, ce qui s’accorde avec la nature solaire de Samson, son nom vient de l’hébreu "shimshôn", ce qui signifie "fils du soleil". Nous le verrons également au milieu du feu, des blés et des renards, sa couleur est celle de la flamme. L’énigme que pose Samson ne peut alors que renvoyer à la divinité elle-même.
"De ce qui mange est sorti ce qui est mangé ". L’image ici est-celle de Saturne (Cronos) le Dieu qui dévore ses propres enfants, et plus précisément celle de l’Ouroboros, représenté par un serpent en forme de cercle qui s’engendre et se dévore lui-même. On objectera que l’Ouroboros ne fait pas partie de l’univers biblique, pourtant les phéniciens le connaissaient puisqu’ils en firent des représentations sans doute inspirées de traditions égyptiennes. Mais cela n’est même pas nécessaire, le symbole, lorsqu’il représente les grandes structures universelles, peut resurgir partout et en tout temps comme en atteste la présence de l’Ouroboros sur d'autres continents puisqu’il était connu aussi bien des aztèques que des chinois.
Il est le symbole du cycle éternel de la nature, du temps qui se répète sans cesse, n’ayant ni début ni fin et visible à travers les saisons, le cycle jour-nuit etc... Il est le début et la fin, car même si la mort ou la destruction interrompt le destin de chaque créature, il est l’espoir d’une renaissance permanente du monde. Il est le symbole de la totalité telle qu’on la voit à l’œuvre dans le cycle de la vie et de la chaîne alimentaire.
Si personne n’a jamais vu un essaim d’abeilles sortir du cadavre d’un lion, nous savons que dès que la mort intervient, une foultitude de créatures, plus microscopiques les unes que les autres, viennent se mettre au travail pour disséquer, digérer les chairs en putréfaction, et les réintégrer ainsi dans le grand cycle de la vie. Ainsi du cadavre naissent à nouveau insectes et végétaux, fleurs et pourquoi pas du miel. Nous avons donc là l’image de la vie qui se nourrit de la mort des êtres vivants. Ainsi la mort succède à la naissance et ces cycles, éternellement répétés, permettent à la vie de se renouveler, c’est-à-dire, produire sans cesse du nouveau. Cette faculté que porte la vie de se détruire elle-même pour se renouveler est probablement la cause de toute violence, en particulier de la violence humaine, puisque l’être humain, partie intégrante de cette nature qui vit de la mort de la vie, est lui-même sans cesse en train de tuer pour vivre. La première violence n’est-elle pas la mort ? Mort nécessaire à la vie même. Admettons que Dieu soit amour, il faut aussi admettre que Dieu est violent, voir hyper-violent, puisque si la moitié de son activité consiste à créer la vie, il passe l'autre moitié à la détruire, ainsi tout ce qui nait, meurt.
Lorsque les aztèques fournissaient des sacrifices humains pour donner de l'énergie au soleil afin qu'il poursuive sa course dans le ciel, ne faisaient-ils pas que se conformer à cette idée, que la vie se nourrit de la mort ? Lorsque les israélites pratiquaient des sacrifices complets faisant consumer entièrement l'offrande par le feu, il s’agissait de nourrir la divinité qui s’en pourléchait les babines. Ainsi, lorsque les parents de Samson offrent un sacrifice, ils voient l'ange de Dieu s'élever dans le feu.
On peut aussi croire que ce qui arrive aux individus arrivent également aux peuples : ils naissent, grandissent, se développent, périclitent et disparaissent, ce que le Coran affirme à plusieurs reprises : " Si vous vous dérobez, Dieu fera appel, pour vous remplacer, à un autre peuple qui ne vous ressemblera nullement.[3] ".
Passons maintenant à la deuxième partie de l'énigme "Du fort est sorti le doux". Lorsqu'on lit ça, on pense immédiatement au Yi-king, le livre des mutations. Les changements s'y effectuent au gré des transformations du Yin et du Yang. Le fort et le doux sont un couple d’opposés et les alternances et les mutations de ces deux énergies y engendrent le monde. Vous allez dire que le doux n'est pas l'opposé du fort mais l'opposé du dur, de même que l'opposé du fort n'est pas le doux mais le faible. Sauf que fort et doux sont de même nature : l'excès de fort donne la dureté comme l'excès de douceur donne la faiblesse. Ainsi l'abbé A. Calmet dans son "Commentaire littéral sur l'Ancien et le Nouveau Testament", écrit, je cite : "On peut conserver l'allusion qui se remarque dans le Texte en traduisant : Du mangeur est sorti le manger, et du dur, de l'amer, du fort, est sorti le doux"[4].
Le couple d’opposés fondamental c’est Adam et Eve, le fort et la douce.  La formule de Samson est alors une image de la différenciation, c’est-à-dire de l’autre moyen, après les cycles de la vie et de la mort, de créer le monde à travers la diversité. A partir du néant se crée le haut et le bas, le proche et le lointain, le chaud et le froid, le sec et l’humide, aucun opposé ne peut exister sans l’existence de l’autre et rien ne peut exister qui ne soit la résultante de qualités opposées. Ainsi du fort sort le doux, et la vie du néant.
C'est la naissance de la dualité sans laquelle rien n'existe.

Nous retrouvons ici notre ouroboros, car : "La forme circulaire de l'image a donné lieu à une autre interprétation, l'union du monde chtonien, figuré par le serpent, et du monde céleste figuré par le cercle. Cette interprétation serait confirmée par le fait que l'ouroboros, dans certaines représentations, serait moitié noir moitié blanc. Il signifierait ainsi l'union de deux principes opposés, soit le ciel et le terre, soit le bien et le mal, soit le jour et la nuit, soit le Yang et le Yin chinois, et toutes les valeurs dont ces opposés sont porteurs.[5]"
La solution de l’énigme de Samson est donc là, l’Ouroboros, c’est-à-dire la vie qui se construit par le renouvellement et la différenciation. Samson n’est-il pas mandaté par Dieu pour renouveler la société philistine en détruisant ses élites ? De plus, ses aventures ne sont-elles pas le fruit d’un immense problème de relation avec les femmes ? Qui mieux que Samson pour rendre compte à la fois du destin tragique des civilisations, qui comme tout ce qui est vivant est destiné à la mort, et de l’éternel combat entre le féminin et le masculin, qui, lorsqu’ils sont unis donnent naissance à la vie, et lorsqu’ils sont désunis entrainent morts et catastrophes. Samson n’est pas tout l’ouroboros, il est seulement le moment où le serpent qui engendre le monde, mange ses propres enfants pour toujours et à nouveau, le renouveler.
On va donner ici la solution à une autre énigme : Pourquoi l’Ouroboros est-il représenté avec quatre pattes ? Parce que l’œuvre différenciatrice, fondée sur la différence des sexes crée la latéralité, c’est-à-dire le fait que notre être soit divisé en deux moitiés symétriques .Ainsi par exemple, l’huitre, qui est un hermaphrodite complet, change de sexe d’une saison à sur l’autre, mais est un animal informe. Le lombric lui, possède les deux organes génitaux et se reproduit tête-bêche, mais il n’a développé qu’un organisme en forme de tube. Il n’y a que l’escargot, qui commence à développer une coquille qui tourne en rond, et deux yeux en forme de tentacule, première prise de conscience de la droite et de la gauche, pour aller ensuite vers la séparation des sexes.
La reproduction sexuée tresse le monde dans un entrelacs de formes de plus en plus complexes et de couleurs chamarrées. Qu'il suffise de comparer la tristesse du sol lunaire à la féerie du monde terrestre !
Nous allons parler un autre jour du temple du roi Salomon et de ces fameuses colonnes, dont chacune nous allons le voir, représente un sexe, et qui sont surmontés par des chapiteaux ainsi décrit : Il fit des treillis en forme de réseaux, des festons façonnés en chaînettes, pour les chapiteaux qui étaient sur le sommet des colonnes, sept pour le premier chapiteau, et sept pour le second chapiteau. Il fit deux rangs de grenades autour de l'un des treillis, pour couvrir le chapiteau qui était sur le sommet d'une des colonnes; il fit de même pour le second chapiteau. Les chapiteaux qui étaient sur le sommet des colonnes, dans le portique, figuraient des lis et avaient quatre coudées. Les chapiteaux placés sur les deux colonnes étaient entourés de deux cents grenades, en haut, près du renflement qui était au-delà du treillis; il y avait aussi deux cents grenades rangées autour du second chapiteau.  (1 roi 7:17-20)

La grenade, le fruit fait de mille fruits dans des entrelacs végétaux, des chainettes, la vie quoi.
La différence de genre, c'est la diversité et la singularité. C'est ce qui fait de nous des êtres uniques en rien interchangeables avec un autre. Ce point est clairement exprimé dans le texte : Samson avait fixé un enjeu à la résolution de l'énigme, il avait dit "si vous la découvrez, je vous donnerai trente chemises et trente vêtements de rechange"[6]. Les vêtements représentent la personnalité.  Ici ils sont subdivisés en deux catégories, les chemises sont les vêtements d'apparats, c’est-à-dire la personnalité  telle qu'elle est représentée à l'extérieur, et les vêtements de rechange sont les sous-vêtements, ils relèvent de l'intime, de la personnalité vécue de l'intérieur telle qu'elle est seule à se connaitre.
Samson pour payer son dû va tuer trente gars et les dépouille de leurs vêtements, c'est à dire de leur personnalité, et les donne à d'autres, comme si l'on pouvait les interchanger, parce que c'est sans importance, lui est égal à lui, il n'y a pas de différence. D'ailleurs, quand Samson quitte la noce, on donnera sa fiancée à l'un de ses proches. Ça fait pareil. Et quand Samson retourne réclamer sa promise le père lui dira : Est-ce que sa jeune sœur n'est pas plus belle qu'elle ? Prends-la donc à sa place. Il n'y a pas eu de mariage, la rencontre entre les sexes n'a pas lieu, donc la différenciation ne peut se faire.



[1] Juges 14.14
[2] Œuvres complètes de Saint Augustin –Sermon 364 - Tome 19 p. 330
[3] Coran 47.38
[4] "Commentaire littéral sur tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament" Augustin Calmet p.223 Josué, les juges, Ruth. 1711
[5] DDS Ouroboros p.716
[6] Juges 14-12

mercredi 5 septembre 2018

Le drapeau Européen et les douze tribus.

Le drapeau Européen et les douze tribus.



On a laissé entendre aux Français que le drapeau européen avait une origine chrétienne. L'examen du texte biblique sur lequel cette assertion s'appuie, pointe, non pas vers les douze apôtres, mais vers les douze tribus d'Israël. L'ascendance de MG Levy, chargé de création du dit drapeau, ôte tout doute à ce propos. 

Non, l'origine du drapeau n'est pas chrétienne mais israélite. 

La preuve par les textes :

            
Suite à l'esclandre de Mélenchon qui n'en voulait pas dans l'hémicycle français, la question s'est posée de savoir s'il fallait voir dans le drapeau Européen un symbole marial. Ainsi Clémentine Autain renchérissait : "Le drapeau européen c'est la Vierge Marie. Et les 12 étoiles ce sont les 12 apôtres"

Diantre.

L'histoire nous est racontée à la manière d'un conte, c'est un prêtre, le père Pierre Caillon qui parle :

Au cours de l’année 1987, j’ai rencontré par hasard à Lisieux, devant le Carmel1, un Monsieur modestement vêtu qui m’a dit : « C’est à moi qu’on a demandé de dessiner le Drapeau de l’Europe. J’ai eu subitement l’idée d’y mettre les douze étoiles de la Médaille Miraculeuse de la rue du Bac, sur fond bleu, couleur de la Sainte Vierge. Et mon projet fut adopté à l’unanimité, le 8 décembre 1955, fête de l’Immaculée Conception. » J’étais tellement pressé ce jour‐là que je n’ai même pas songé à prendre le nom et l’adresse de mon interlocuteur. Et les mois ont passé. J’ai voulu rechercher le dessinateur du Drapeau. Je suis donc allé à Strasbourg au début de janvier1989 pour essayer de retrouver ce dessinateur. 
Je suis monté au Bureau de Presse du Conseil de l’Europe, où j’ai été accueilli par deux secrétaires expérimentées, d’une soixantaine d’années, qui savent tout de fond en comble. Là, le dessinateur du Drapeau est connu comme le loup blanc. Il s’appelle Arsène Heitz. Il habite 24 rue de l’Yser.
Je suis allé chez lui. Il était là. Il m’a reconnu. Il est mort maintenant, mais tant qu’il a vécu, il aimait raconter son exploit : avoir dessiné le Drapeau de l’Europe et en avoir fait le Drapeau de la Sainte Vierge !

Le drapeau de l’Union européenne cacherait‐il une symbolique chrétienne ? Officiellement, c’est non : « les étoiles symbolisent les idéaux d’unité, de solidarité et d’harmonie entre les peuples d’Europe », est‐il précisé sur le site officiel de l’UE. Leur nombre n’est pas lié au nombre d’Etats membres. Quant au cercle, c’est également un « symbole d’unité. » Paul MG Levy, celui‐là même qui fût chargé de diriger les travaux d'élaboration du drapeau, a démenti les propos de Heitz, un simple exécutant, et revendique d’être lui‐même l’auteur du drapeau. On comprend tout l'intérêt qu'il y a pour l'Union Européenne de tenir ce double langage, d'un drapeau au couleur chrétienne, voire carrément catholique, thèse qui brosse dans le sens du poil ceux qui se revendiquent des racines religieuses de l'Europe et celle d'un symbole tout ce qu'il y a de plus laïc, c’est‐à‐dire sans sens réel, pour satisfaire les sans‐religions. Il suffit d'aller voir sur la page Wikipédia consacrée à la symbolique du drapeau européen, pour voir qu'il s'agit d'un vaste capharnaüm qui accumule les références pour en vider le sens. Les français ont droit à la seconde version, pendant que les polonais boivent la première. 

La médaille miraculeuse 



La médaille miraculeuse qui aurait inspiré l’auteur est une médaille gravée par l'église catholique suivant les instructions d'une jeune religieuse du nom de Catherine Labouré, qui aurait reçu elle‐même ces instructions de la Vierge, le 27 novembre 1830, rue du Bac à Paris. Sur cette médaille, on y voit le visage de la vierge entouré d'un cercle de douze étoiles. Cette iconographie est traditionnelle et découle de l’introduction du chapitre 12 de l’apocalypse : 

"Et un grand signe parut dans le ciel : une femme revêtue du soleil, et qui avait la lune sous ses pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles." 



Nous serions donc face à un symbole marial ? C'est à voir. On peut toujours ergoter sur l’intention d’un auteur, mais ce qui reste au final c’est l’oeuvre, ici le drapeau. Or sur le drapeau, il n’y a pas trace de la Vierge Marie. Un drapeau qui arborerait le soleil ou la lune, ne deviendrait pas marial juste à cause de cela… Les douze étoiles sont un symbole autonome qui éclaire le personnage de Marie, mais ne la désigne pas particulièrement. Par ailleurs, l’idée que dans le texte de l’apocalypse il s’agisse de la Vierge Marie est une interprétation catholique qui ne repose pas sur le texte lui‐même. 

Peut‐être que le dessinateur Heitz a bien eu cette vision de la médaille miraculeuse mais au final, il faut bien constater que Marie est absente et ne subsistent que les étoiles. Non, on nous dit que Marie est présente à travers la couleur bleu qui est la couleur mariale. C'est possible. Mais le bleu est surtout la couleur de la royauté, depuis le roi David jusqu'aux rois de France. Si cette couleur est attribuée à Marie, c'est qu'elle est Reine et en particulier Reine du Ciel. 

Mais en suivant la règle de Debord, le vrai est un moment du faux, il faut prendre au sérieux la piste que l'Union Européenne nous indique ici, et regarder cette histoire de médaille miraculeuse avec attention, et nous allons voir qu'elle nous mène tout droit vers les douze fils de Jacob, c’est‐à‐dire les douze tribus d'Israël. Il y a d'abord le texte même de l'Apocalypse pour qui le nombre douze renvoie aux douze tribus d'Israël. Ainsi : Et j'entendis le nombre de ceux qui avaient été marqués du sceau, cent quarante‐quatre mille, de toutes les tribus des fils d'Israël : de la tribu de Juda, douze mille marqués du sceau; de la tribu de Ruben, douze mille; 144 000, soit 12x12000 de chaque tribu.

Joseph




Ensuite, nous en trouvons confirmation dans la Genèse : les douze étoiles n'apparaissent dans la bible que lors d'un rêve que fit Joseph : "Il eut encore un autre songe, et il le raconta à ses frères. Il dit : J'ai eu encore un songe ! Et voici, le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi." Joseph se compte pour la douzième dit Philon dans son livre sur les songes. Le soleil, la lune et les douze étoiles. Dans les deux versets. Celui du rêve de Joseph et celui de l'apocalypse.





Rachel


Enfin, dans l'apocalypse, le verset qui parle de la femme couronnée d'étoiles est suivi par celui‐ci : "Elle était enceinte, et elle poussait des cris, étant en travail, et ressentant les douleurs de l'enfantement." Or dans la Genèse, le paragraphe qui présente les douze fils de Jacob est précédé par celui‐là : Ils partirent de Béthel; et .., lorsque Rachel accoucha. Elle eut un accouchement pénible; et pendant les douleurs de l'enfantement, la sage‐femme lui dit : Ne crains point, car tu as encore un fils ! Rachel, la femme qui donne naissance au dernier des fils de Jacob mourra en couche, dans les douleurs de l'enfantement. Il y est question dans les deux textes d'un accouchement douloureux mais de plus, de nombreux traits se rapportant à Rachel se retrouvent chez Marie. Son nom d'abord, Rachel, signifie la brebis, or la brebis est la mère de l'agneau, l'agneau autre nom de Jésus. Alors que la sage‐femme dit à Rachel "Ne crains point, car tu as encore un fils ! " l'ange dira à Marie : Ne crains point, Marie; .., et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Par ailleurs le tombeau de Rachel est à Bethléem, (la maison du pain), lieu où Marie donne naissance à Jésus. Enfin Rachel est appelée "la mère des juifs". 

Donc on le voit, les douze étoiles de la femme dans le ciel nous renvoie, parce que Rachel préfigure Marie, à ce passage de la Genèse qui voit sa mort et la proclamation de la naissance des douze fils de Jacob, donc des douze tribus d'Israël. Le point de vue catholique affirmera que les douze étoiles représentent les apôtres. Mais douze apôtres qui sont douze parce qu'il y a douze tribus, issus des douze fils dont Rachel est la mère.

Donc à ce stade nous avons trois preuves tirées de la bible, que les douze étoiles qui couronnent la femme de l'apocalypse sont les douze tribus d'Israël, et qu'en raison et en dépit des déclarations de l'Union Européenne et de monsieur Arsène Heitz, ce sont bien elles qui sont sur le drapeau. 
C'est biblique. 

Nous allons trouver une quatrième confirmation en cherchant à comprendre d'où cela vient. Arsène Heitz n'est qu'un scribe, un second couteau, un fonctionnaire qui exécute ce qu'on lui dit de faire, c’est ce qu’en a dit celui qui est en charge du drapeau européen, 

Paul MG Levy

Paul MG Levy, de la maison des Levy, donc. Dans un long texte, Paul Levy a décrit la genèse du drapeau européen, on y voit les instances européennes prendre en charge le projet de drapeau, la concurrence entre certains symboles existants, en particulier le drapeau du comte de Coudenhove‐Kalergi pour le Mouvement Pan‐Européen. Le comte de Coudenhove‐Kalergi est un homme de l'ombre, inconnu du grand public, mais qui eut une grande influence sur notre destin. Il est considéré par certains comme le père fondateur de l'Europe, bien qu’il ait été rayé de l’histoire par l’Union Européenne. 

C’est P Levy qui proposera le drapeau d’abord à une étoile, puis à 15 étoiles et enfin à douze étoiles. Paul Levy nous a décrit le processus de création : il avait fallu vaincre les réticences, le drapeau étant le symbole du pouvoir, les états nationaux y pressentaient leur fin funeste sous les fourches caudines de l’Europe supranationale. Puis il raconte comment les diverses tendances se sont affrontées devant lui, sombrant une à une parce que toujours plus ou moins partisane. Ceux qui veulent du rouge contre ceux qui refusent le rouge, ceux qui veulent une croix contre ceux qui refusent la croix. Mais c’est lui qui propose la couronne d’étoile, la Corona Stellarum, comme il la nomme. Nous voyons donc que s'il nie la référence à l’apocalypse, cela ne l’empêche pas de voir dans ce cercle une couronne, ce qui pourrait suggérer que la négation est factice.

L’idée viendrait d’un dénommé « Carl Weidl Raymon d'Hakkodate qui aurait envoyé au comte Carlo Sforza, ministre des Affaires Etrangères d'Italie, et à Jacques Camille Paris, Secrétaire général du Conseil de l'Europe, un projet de soie : une étoile d'or au centre d'un emblème «.Cette histoire pose plusieurs problèmes de crédibilité. Pour ma part je suis étonné qu’un homme ait pu proposer comme drapeau de l’Europe, une étoile jaune sur un tissu. Bon un pentagramme à la place d’un hexagramme, certes, mais quand même ! L’idée en soi est assez étonnante. Ensuite si Carl Weild Raymon est connu au Japon, il l’est en tant que boucher-charcutier qui a développé là‐bas une affaire de saucisses et de jambons. Il est possible de visiter sa maison, mais c’est la maison du charcutier, pas celle du « précurseur de l’Europe » dont on ne sait absolument rien. Un boucher expatrié depuis trente ans mais qui avait l’âme d’un poète : lorsque je regarde le beau ciel d'Extrême Orient, écrivait à peu près Carl Weidl, et que je songe à ma lointaine patrie européenne où il ferait si bon vivre si elle était enfin unie, je détache une étoile de la voûte céleste et je veux voir en elle cette Europe de l'espoir. » Ce qui est étrange également ce sont les traits renvoyant à Coudenhove‐Kalergi, ils sont tous les deux originaires de la même région d’Europe centrale, la Bohême, l’un vit au japon, tandis que l’autre y est né. D’autre part on nous dit que Carl Weidl avait milité pour une Europe unie dès 1922, l’année même ou Coudenhove publie son Paneuropa. Il y a comme l’impression que l’on cherche à brouiller les pistes pour disqualifier Coudenhove.

Paul MG Levy est‐il crédible ? 

L’inspiration chrétienne du drapeau serait renforcée par le fait que P Levy était «comme Arsène Heitz un bon catholique, puisqu’il s’était converti en 1940 quelques mois avant la guerre. »

Conversion dont seule une mauvaise langue pourrait douter de la sincérité, mais qui parait bien suspecte eu égard au calendrier. Un juif qui se converti pendant la guerre ne le fait pas parce qu’il serait subitement touché par la grâce, mais parce qu’il cherche à échapper aux persécutions. Non pas que ce choix soit critiquable mais nous sommes alors loin d’un choix véritablement religieux. D’ailleurs, ses prises de position futures montrèrent qu’il fut toujours un ardent défenseur de la laïcité et qu’il n’eut jamais le zèle des convertis. De plus nous savons, et l’exemple des marranes l’atteste, la conversion d’apparence est tout à fait admise par le talmud et la religion juive. 

Ingénieur commercial, licencié en sciences économiques, Paul MG Levy est en premier lieu professeur de statistique à l’université de Louvain. Mais sa carrière académique et ses activités de statisticien ne l’empêche pas de mener en parallèle une activité de journaliste d’abord, puis de journaliste engagé dans l’action politique ensuite. D’abord figure emblématique de la résistance durant la seconde guerre mondiale, il réorganise la radio belge au sortir de la guerre. Correspondant de guerre il devint ensuite directeur de la presse pour le gouvernement Belge, puis pour le Conseil de l’Europe. C’est là qu’il est le tout premier fonctionnaire de l’Europe en tant que directeur de l’information et de la presse, c’est‐à‐dire en tant que directeur de la propagande européenne. Propagande pour laquelle il a un intérêt certain puisqu’en 1938, déjà, il publie dans La « Revue de l’Université de Bruxelles » un article sur la « puissance de la presse » dans lequel il s’interroge sur les ressorts de la propagande, les avantages et les inconvénients du mensonge, ou encore l’intérêt qu’il y a à masquer ses intentions lorsqu’on veut manipuler le petit peuple. Il fut d’ailleurs directeur de l’institut de la statistique belge. 

Membre de la Commission Centrale de Statistique en 1940 et y restera jusqu’en 1980. Il faut savoir qu’il y a dans la statistique deux branches indissociables, l’une lumineuse, qui est celle de la statistique économique et l’autre obscure, celle de la statistique militaire. Pendant la guerre, à Paris comme à Bruxelles, il y avait un bureau de la statistique qui masquait les activités des services secrets. La raison en est simple, services secrets et statistique, ont en commun d’avoir pour base de leur activité, le renseignement. Connaître les foules pour mieux les manipuler, telle est l’œuvre de la statistique. 

Bien avant le début officiel de l’idée de construction européenne, en 1931, P. Levy présente un mémoire de sociologie à l’Université de Bruxelles sur « Les éléments affectifs d'une conscience nationale européenne » « Alors, lorsque Van Langenhove nous a demandé un court mémoire en sociologue, bien entendu, j'ai été amené à m'occuper des efforts qu'on faisait pour unir I’europe et, de l’ânerie que je dénonçais dans mon mémoire : « Dire qu'il y a des gens qui imaginent en ce moment un drapeau européen... C'est nettement prématuré …Quant à I’Europe, j'y ai été intéressé d'une seule manière : j'étais pacifiste déjà et je voyais dans I’unification de l'Europe, une première démarche à faire par nous qui étions certainement menacés. »

Il y écrit, en 1931 donc, à propos du drapeau européen : « Ne parlons pas des couleurs nationales européennes que des esprits enfantins se sont amusés à composer : le symbole du drapeau n'agit que sur la masse et le moment est encore lointain où il acquerra un certain degré d'efficacité en Europe. Il reste des emblèmes qui, dans le cas qui nous occupe, prennent la forme d'idéologies verbales : Pan‐Europe, Europe, et qui se rattachent directement ou indirectement aux autres signes représentatifs de la conscience européenne. » 

Il avait de la suite dans les idées, 18 ans avant de devenir le premier fonctionnaire du Conseil de l’Europe, 24 ans avant l’adoption du drapeau européen, il l’avait déjà en tête, ce qui colle mal avec la distance qu’il met entre lui et la création du drapeau. Voilà un étudiant, déjà plongé dans le projet européen, qui s’intéresse à la psychologie des foules pour y détecter une conscience nationale européenne afin d’en déterminer les ressorts affectifs. Ressorts dont on sait qu’ils sont à manipuler si l’on souhaite obtenir des effets désirés.

Isidore Levy, le père.



Paul MG Levy était le fils d’Isidore Levy. Celui‐ci était professeur à l'Ecole pratique des Hautes‐Etudes à Paris où il était Maitre de conférences, puis titulaire d'une chaire au Collège de France, celle qu'occupa Ernest Renan. C'était un orientaliste spécialiste des antiquités grecques, égyptiennes et sémites. Il s'intéressait à la numérologie et aux sciences occultes dans le domaine des antiquités : "La légende de Pythagore de Grèce en Palestine" ou "Les soixante‐dix semaines de Daniel dans la chronique juive" ou encore "Le très saint nombre 50 et la clé des faveurs éternelles dans le manuel essénien de discipline", Voilà les centres d'intérêt du bonhomme. Il chercha dans l'univers sémitique les sources de la légende de Pythagore. Ce Pythagore qui disait "Les nombres gouvernent le monde" ! Et voilà que le père du concepteur du drapeau était un de ses disciples ! Si l'on reliait les douze étoiles de drapeau européen on obtiendrait une corde à douze noeuds, ou corde égyptienne, qui permet au maçon de construire un angle droit en raison de la fameuse règle du carré de l'hypoténuse qui est égal à la somme des carrés adjacents.3+4+5=12 et 3²+4²=5².
Peut‐on penser que son fils, élevé à cette culture‐là, celle des nombres et de leur magie, ait pu mettre douze étoiles sur le drapeau juste comme ça, sans plus de raison que de dire que cela aurait pu être quinze ? 

Impossible. 

On comprend ici que la Sainte Vierge de la rue du Bac est un leurre qui nous masque le sens profond du drapeau.

Nous avons donc montré par trois références tirées de la bible que les douze étoiles qui forment la couronne de la vierge font références aux douze tribus d’Israël. Nous avons montré que Paul MG Levy était le fils d’un éminent orientaliste qui a voué sa vie à la compréhension des textes anciens, en particulier ceux de la bible. Enfin nous avons montré que Paul MG Levy a fait obstacle au drapeau de Coudenhove et qu’il a chaque fois été présent quand il s’agissait de présenter un modèle qui, in fine, a conduit au drapeau que nous connaissons. 

Tentative d'interprétation.


Le fond bleu. Le bleu est l'image du ciel, il est aussi la couleur de la mer. Le bleu uni est la couleur de l'infini. C'est le domaine de l'inconscient. Contrairement à la médaille miraculeuse, les étoiles ne rayonnent pas autour du centre mais sont chacune placées sur un horizon imaginaire, de sorte que les douze étoiles du drapeau, même si elles forment un cercle, n’ont pas pour autant de centre. Centre vers lequel elles auraient pu tendre mais qui ne semble pas exister, ni dans le réel, ni dans l’imaginaire. Non, les étoiles sont orientées selon l’horizontalité et la verticalité, s’il faut leur trouver une direction, ce sera vers le haut, comme le sous‐entend la station debout, bras levés, du personnage que l’on imagine au coeur de l’étoile. Vers le haut, c’est alors vers le ciel. Bleu, donc. Il y a dans le drapeau européen une représentation très taoïste du monde. Un monde harmonieux, le ciel bleu du ciel, la paix des étoiles, il n’y a pas de conflit. 
Le plus souvent dans un drapeau, il y a la représentation de clivages qui forment alliance, la noblesse et le peuple du drapeau français, ou les trois provinces du drapeau libyen. Sur le drapeau européen, rien de cela. Pas de clivage, pas de direction. Si Wikipédia nous dit du bleu qu'il est marial. Il est un attribut très ancien des rois de France qui le mariaient avec des lys jaunes, ce qui donne au drapeau européen un côté très vieille France. L'influence sémite devrait nous faire penser au Tekhelet, ce bleu que Dieu prescrit aux israélites pour qu'ils ornent les franges de leurs vêtements et qui se retrouve sous la forme de deux bandes bleues sur le drapeau israélien. 

Mais non, restons en a l'idée d'un bleu infini sans limitation. Que voyons‐nous ensuite. Douze étoiles sous la forme d'un cercle. Le cercle représente le monde parfait, homogène et sans division. C'est aussi une image du ciel. Chez Jung c'est  l'image du Soi, c’est‐à‐dire de la totalité psychique. Ciel sur ciel, le cercle d'étoiles pourrait être l’œil de Dieu. Mais nous avons vu que le symbole de la croix solaire présente sur le drapeau de Coudenhove marquait une division en quaternité. Quaternité que l’on retrouve dans deux expressions bibliques du chiffre douze, à savoir le pectoral du grand prêtre ainsi que les douze bœuf de la mer de d'airain du temple. Comme il s'agit d'une union, le cercle est ici un anneau. L'anneau représente le pouvoir parce que c'est avec lui que le maître attache l'esclave. Dans la bible, l'anneau connu sous le nom de "Sceau de Salomon" était un anneau magique qui permettait à Salomon de commander aux djinns et de parler aux animaux. Cet anneau était orné d'un sceau représentant l'étoile de David dans un cercle. 

Une particularité de l'étoile de David est qu'avec ses six branches c'est un hexagramme à 12 sommets dans lesquels la tradition place les douze tribus d'Israël. Mais sur l’étoile de David, il y a toujours l’alternance d’une position forte, sur la pointe, avec une position faible dans le creux.

Donc l'anneau, forme de l'union et du pouvoir. Il est la marque du maître sur l'esclave. 



Les douze étoiles.

Ce sont des pentagrammes, ce qui représente l'homme dans sa perfection. Elles sont censées représenter les nations de l'Europe, un peu de la même façon que chacun des douze fils de Jacob représente une tribu d’Israël. A minima chacune des étoiles est un homme debout, les jambes et les bras écartés, la tête vers le ciel. Elles ne sont pas orientées vers le centre du cercle à contrario de la médaille miraculeuse, ce qui laisse supposer un cercle sans centre fait de sa seule circonférence. Leur seule orientation serait l'horizontalité, une invitation à inscrire l'homme dans la matérialité en l'absence de tout référent transcendant. Les étoiles sont également réparties, sans qu'aucune ne prenne l'ascendant sur les autres, cela renforce des éléments déjà rencontrés : l'absence de clivage du ciel azur, l'absence de division du cercle d'étoiles, la parfaite égalité entre elle. Absence de conflit mais aussi absence de direction puisque sans orientation. 

Le pouvoir lui‐même qui les unit, puisqu'il n'y a probablement pas d'union qui tienne sans un pouvoir qui fasse tenir ensemble, celui‐là n’apparaît aucunement sur le drapeau. 

Sans doute s'agit‐il d'un pouvoir occulte qui ne daigne pas se montrer.






PanEuropa

Le drapeau que propose Coudenhove Kalerji est celui d’une croix rouge sur un disque d'or, le tout sur un fond bleu.


 Il en donne la signification dans son ouvrage : « La croix rouge des croisades du Moyen Âge est le symbole le plus ancien d'une union européenne supranationale. Aujourd'hui elle est l'emblème de l'humanitarisme international. Le soleil figure l'esprit européen dont le rayonnement éclaire le monde entier ». Le soleil est aussi interprété comme étant le symbole d'Apollon, référence à 
Le drapeau de Coudenhove est écarté d’emblée par P. Levy qui veut un drapeau original et ne pas reprendre un symbole partisan. Quand bien même celui‐ci n’est pas simplement un symbole partisan, mais un symbole antique, puisqu’il remonte sous la forme de la croix celte à la préhistoire.


Paul Levy est le père du drapeau, c’est lui qui aura été chargé de mener à bien le projet. Il revendique d’en être l’auteur. Certes il a d’abord proposé un drapeau blanc avec croix verte frappée au centre de l'écu de Strasbourg. Cette proposition fut très mal accueillie. Il est dit que les opposants étaient les turcs en raison de leur préférence pour le croissant, mais il semble que de nombreux anticléricaux se soient joints au concert. Ce projet de drapeau était mort‐né.

La croix celte



l


Curieusement, le drapeau Paneuropéen apparait dans le Livre Rouge de Jung. Le Livre Rouge est un livre peint à la main, par CG Jung, dans les années vingt, donc à cette même époque où Coudenhove se lance dans l’aventure européenne. L’ensemble consiste en un texte calligraphié, orné d’enluminure, et entrecoupé d’illustrations, toutes peintes par Jung. Il s’agit de la tentative de retranscription d’une période de bouleversement psychique qu’il vécut au début de la guerre. L’illustration qui nous intéresse ici est associée à un texte titré « les Trois Prophéties ». Le texte en lui‐même a été écrit au tout début de 1914, mais le dessin est probablement de 1922. L’année même où Coudenhove publie Paneuropa. Toute la partie haute de l’image est prise par un immense soleil de feu qui flamboie sur un ciel azur. Sur ce soleil est imposée une croix rouge, sertie d’un cercle rouge. Les éléments du drapeau de Coudenhove sont là, excepté le cercle qui ceint le soleil et qui est chez Jung une expression typique de la quaternité et du soi. La croix solaire, plus communément connue sous le nom de roue solaire, une croix dans un cercle, est un symbole très ancien qui abonde dans le passé préhistorique de l’Europe, du néolithique jusqu’à l’Age de Bronze. En dessous de ce soleil flotte un homme, une sorte de sage – on imagine qu’il s’agit du Christ ‐ , au‐dessus du ciel, les pieds dans les nuages. La moitié basse de l’image est celle d’un paysage sillonné par les chemins de fer, les canaux et les routes. On y voit un bourg, entouré de ses murailles, un fort en son centre. Sur le devant une usine, des habitats ouvriers et la maison bourgeoise du patron. Puis au premier plan, des casernes, des remparts, des militaires en arme. Il s’agit donc de l’âge d’or du monde bourgeois et industriel. Ce monde qui donna les guerres si violentes que nous avons connues et que nous connaissons encore.
La croix celte a été utilisé  comme étendard du groupe Occident, puis Ordre Nouveau (1960-1973)









1 Carmel de Lisieux, fondée en 1838 par l'ordre des carmélites, ordre fondée au XII° siècles au Mont Carmel en Palestine. Il fut le lieu de séjour de la petite Thérèse, Saint Thérèse de Lisieux.
2 Apocalypse 07:43 "144, c'est 12X12; 12 qui est 3 multiplié par 4, le carré multiplié par le triangle. C'est la racine de la sphère, c'est le chiffre de la perfection. Douze fois elle‐même, la perfection
au cube, la plénitude..." Paul Claudel:
4 Genèse 37:9
5 Philon d'Alexandrie (‐20, +45) De somniis
6 Apocalypse 12:1‐2
7 Comme Jean Baptiste voyait Jésus venir vers lui, il dit : « Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ;
8 En raison de ce verset : Voici ce que déclare l’Éternel : On entend à Rama une voix qui gémit et des sanglots amers : Rachel pleure ses fils et elle ne veut pas se laisser consoler, car ses fils ne sont plus. Jérémie XXXI, 15.
10 http://digistore.bib.ulb.ac.be/2011/DL2503255_1940_000_045.pdf
11 http://docplayer.fr/15668776‐Voices‐on‐europe‐collection.html
12. Paul M.G. LEVY, Les éléments affectifs d'une conscience nationale européenne, mémoire de sociologie
présenté en 1931 à l'Université de Bruxelles (inédit).
Genèse et glissements interprétatifs de symboles européens par Paul M.G. LEVY
13 Exode 28.15‐30
14 1 roi 7

Samson et les portes de Gaza. Visite à Hébron.

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